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Le Sénégal : Histoire Politique (article)

 

ARTICLE DU 16 JUIN 2005 - AFRIQUE / FRANCE / DEMOCRATIE / SÉNÉGAL
Le Sénégal reste un exemple de démocratie en Afrique (par Malick Rokhy BA)


Le Sénégal, un des rares pays africains où le multipartisme existait avant le sommet France-Afrique de La Baule en 1990, reste un exemple démocratique sur le continent, même si l'opposition accuse le régime du président Abdoulaye Wade de dérives. Les bases démocratiques de cette ancienne colonie française ont été jetées pendant la période coloniale et consolidées à l'indépendance en 1960 par le premier président du pays, Léopold Sédar Senghor. Grand intellectuel, Senghor s'est appuyé sur l'expérience de multipartisme pendant la période coloniale, au cours de laquelle avaient lieu des élections mettant en compétition des partis, dont des antennes locales de formations politiques de France métropolitaine. "Il faut prendre en considération la personnalité de Senghor, agrégé (de grammaire française) qui a également fait la guerre (1939-1945). Quand il arrive sur le terrain politique en 1946, le Sénégal sort d'une agitation politique vieille d'un siècle", explique l'historien Cheikh Faty Faye. Un autre historien, Ibrahima Thioub, estime que "Senghor a créé un système qui a stabilisé politiquement le Sénégal au détriment de l'économie. Il a rétribué (...) les marabouts et les élites capables de provoquer une crise" dans le pays. Le "président-poète" a jeté les bases d'un régime reconnaissant le droit à l'opposition de participer à des élections pluralistes, même si jusqu'en 1976, la constitution sénégalaise limite le nombre de partis à trois, avant de passer à quatre en 1978. Mais Senghor est intraitable avec les partis marxistes-léninistes et les syndicats d'étudiants, victimes de la répression. En décembre 1980, âgé de 74 ans, il démissionne au profit de son Premier ministre, Abdou Diouf. Très discret sous le règne de Senghor, Diouf renforce les bases démocratiques du pays et instaure le multipartisme intégral. "A partir de janvier 1981, l'ancrage senghorien sera approfondi", note Cheikh Faty Faye. Diouf, qui a gouverné durant les années difficiles des programmes d'ajustement structurel, a fait appel à l'opposition pour contenir les crises. "Il a intégré les foyers les plus incandescents de l'opposition en faisant appel à des formations comme le Parti démocratique sénégalais (PDS, libéral)) de (Abdoulaye) Wade" et les partis de gauche, affirme M. Thioub. Diouf a également contribué au renforcement de la démocratie sénégalaise en instaurant la libéralisation des médias et en élargissant le champ de la liberté d'expression. Mais pendant des années, l'expérience démocratique sénégalaise a semblé bloquée: certes le pays ne connaît pas de coup d'Etat, des élections sont organisées, la liberté d'expression est globalement respectée, mais l'alternance ne se fait pas. Pendant des décennies le Parti socialiste (PS) garde le pouvoir. Il faut attendre mars 2000, 40 ans après l'indépendance, pour voir l'opposant historique, Abdoulaye Wade, avocat charismatique, battre le candidat du PS à la présidentielle, Abdou Diouf. Après cinq ans, Abdoulaye Wade, lui-même plusieurs fois emprisonné, est de plus en plus critiqué pour des décisions qui s'apparentent à des dérives autoritaires: des journalistes et un opposant arrêtés, incarcérés, manifestations interdites, "soviétisation" de la radio-télévision publique. Un observateur qui préfère garder l'anonymat note: "mars 2000 a été un grand espoir", mais aujourd'hui, "du point de vue de la démocratie, nous sommes un peu en régression. Sous Wade, il y a une banalisation des institutions. Tout se fait au Palais" présidentiel.

 

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Réalisation ©2006 : Franck Masseboeuf